Norvège, rencontre polaire 1/4

J’ai eu du mal à me mettre dans ce voyage. Rien ne faisait remonter en moi les habituels effluves sucrées du lointain, à l’évocation de ce nom : Norvège. Le choix de la géographie qui portera cette douce étreinte de l’ailleurs est toujours un acte euphorisant. Prémices d’une fuite calculée vers un lieu plein de rêves, la porte ouverte à une bouffée d’air frais teinté de notes exotiques. Le voyage c’est d’abord une plongée vivifiante vers un monde où le quotidien s’efface pour ne laisser place qu’à l’imprévu et la découverte constante, pour retrouver ce qui fût, un jour, notre rythme de vie primaire. La simplicité des journées de voyage pour retrouver le chemin de l’authenticité. Trouver à manger, trouver où dormir, trouver comment avancer, dépouillé de tout ton confort matériel.
Norvège, un mot qui résonnait à l’infini sur les blogs de voyage, une vague qui déferlait sur le monde du tourisme. Je pense que j’avais très peu préparé mon imaginaire à cette contrée. Trop de médiatisation avait fini par provoqué cette étrange herméticité aux images. Non la Norvège ne me faisait pas rêver, elle me faisait même traîner les pieds.
Il a fallu du temps pour que je lui ouvre mon cœur. Au début je la trouvais trop bling-bling avec tous ses apparats superflus de magazine. Et puis peu à peu, en s’éloignant des masses, en tirant vers les grands espaces du Nord mon imaginaire à commencé à doucement s’éveiller. Aussi changeante et imprévisible que mes humeurs, la Norvège a finie par réussir son jeu de séduction.
Paysages époustouflants, modernité détonante, propreté surprenante. Les tunnels sous la mer jonglent avec les ponts surplombants des fjords majestueux, les routes sillonnent dangereusement les flancs des montagnes, surplombant un océan parsemé d’îlots aux maisonnettes rougeoyantes. Étrange mélange d’hyper modernisme et d’ultra sauvage.

Maison-camion. Parfois je trouve cela presque trop facile. Injustement simple. Le jeu se complique pourtant un peu en ville, où la chasse au campeur sur roues est un loisir courant. Chaque brun d’herbe est bétonné, les petits coins à ciel ouvert sont aussi difficile à trouver qu’un bout de bitume gratuit pour se stationner pour la nuit. 

Au début on est comme empâté dans ce nouveau mode de vie, mais, à une vitesse fulgurante, ton esprit s’adapte, un peu trop vite même. Les nuits sont libératrices, douces et profondes. On se sent totalement libre, et vivant. Les petits plaisirs deviennent de grand plaisirs. De l’eau chaude pour se laver et c’est une journée fantastique. Un carré de pelouse pour la nuit et on se croit au camping.
Les étendues d’eau douce sont d’un plaisir simple et régénérateur. Se laver d’une journée au grand air, remettre le compteur à zéro, nu comme un ver au milieu d’une vaste étendu d’eau entourée de sapins à perte de vue, comme seuls au monde.

Tourisme. Le nouveau pétrole des états.

Il y a comme un étrange non sens qui flotte dans ce pays. Sur un territoire où la nature règne en maîtresse hostile, les masses de flots touristiques fourmillent comme dans les allées goudronnées de Disney land. Il y a ces spots, hyper médiatisés, ces endroits ultra instagtamés, la photo qu’il est presque obligatoire de faire quand tu visites la Norvège. Cette image de toi, seul au monde, les bras levés vers le ciel sur ce rocher surplombant un majestueux fjord. Une scène qui en fait rêver plus d’un. Mais une réalité qui est bien différente. Près de 30km en montagne pour prendre cette photo, sous un climat pas toujours chaleureux. Sur le chemin qui mène à ces lieux magiques, c’est un véritable défilé de randonneurs plus ou moins (voir totalement inapte) à l’effort qui les attendent. Arrivé au dit endroit, c’est une file d’attente de 3h qui t’attend pour prendre LA photo qui te fera briller sur les réseaux sociaux.
Si je peux avoir un regard sur ces scènes, c’est bien sûr parce que j’ai fait partis de ce flot de marcheur. Je suis moi aussi une partie de cette masse de consommateurs touristiques. Mais plus les années passent, plus le voyage prend un goût amer, comme si, un virus ultra contagieux venait dénaturer ce sentiment réparateur de découverte et de déconnexion, pour finir par avoir une désagréable sensation que le monde se transforme en un immense super marché. Une course effrénée au j’ai tout vu.
     
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