Brésil, avant de rentrer

Rio. Cette ville je l’ai rêvée. Nous sommes arrivés à Rio une veille d’élection, qui a vite tourné au cauchemards pour beaucoup de Brésiliens. Rio est tel que je l’avais en tête. Chaque coin de rue est une découverte. D'une esthétique parfaite, il est difficile de focaliser son attention sur un élément.

Nos yeux de touristes ne savent plus sur quoi se poser. Il y a ses beaux quartiers aux rués pavées et fleuries. Il y a ses favélas aux ruelles grimpantes, étroites et puantes. Tout est beau, tout résonne d’un brésil tant raconté. Chaque capitale d’Amérique latine a ses favélas, rien de vraiment nouveau, sauf qu’à Rio, elles ses mélanges aux beaux quartiers, elles sont là sous ton nez, pas besoin d’aller dans les banlieues éloignées. Rio est à elle seule un beau résumé du Brésil, misère révoltante, contrastes sociaux cohabitant à une proximité incompréhensible, plages sublimes et falaises verdoyantes, des quartiers à la personnalité si variée, et gaspillage économique déconcertant affiché sans honte.

Esthétique de la pauvreté, curiosité déplacée, fascination nostalgique.

Il y a ces gamins dans le métro qui rap sous les applaudissements de la rame. Je ne saisis pas tout, quelques mots s’extraient du flot de leurs paroles. Éducation, balles perdues, enfance, crime, meurtre, politique. Pas besoin d’être bilingue pour saisir le message. Frisson. Je me sens touriste à la curiosité déplacée.

Les favélas sont belles, perchées au-dessus de l’océan. Maisonnettes colorées entassées comme des petits cubes sur les flancs de montagne, se frayant une place entre les grands hôtels aseptisés et les quartiers huppés. La pauvreté a cette esthétique désordonnée qui nous fascine. Nostalgie des heures populaires, de l’esprit de communauté sûrement. L’argent éloigne les peuples.

Rio et ses plages mythiques. Sable blanc, corps musclés, surf et odeurs de pétards.
Petits blacks, démarches de gangsters, et masses capillaires ondulées. Mixité sociale et culturelle tellement harmonieuse. C’est le Rio des cartes postales.

Manger plus. Toujours plus. Assiettes débordantes, féculents, sucre, gras. La nourriture brésilienne est un voyage dans une autre galaxie. Un bon plat n’est pas un plat délectable, un bon plat doit te faire exploser l’estomac. Ici on ne parle pas de qualité du produit, mais de quantité. Ventres monstrueux, assiettes gargantuesques débordantes de gras et de farines, verres emplient de sucre. Rien que poser son regard sur la scène retourne l’estomac. Comme une vision futuriste d’une planète qui a sombré dans une surconsommation alimentaire dictée par les industriels. Consommation démesurée, humains handicapés, paralysés par la graisse qui entravent leurs muscles.

Il y a tourisme et voyage. Le touriste part pour consommer. Il part pour profiter de ce que ses journées de labeur lui ont offert. Le touriste part pour dilapider, pour donner du sens à sa vie de travailleur. Le voyageur part pour s’affranchir de l’argent, il voyage pour découvrir de monde, pour trimer sur les routes. Le voyageur ne fait pas que passer, il creuse son environnement, tente de s’y fondre.

C’est l’argent qui fera de toi un voyageur ou un touriste. Un explorateur ou un consommateur. Un actif ou un passif.

On s’en fout de dormir dans de beaux hôtels, de manger aux tables les plus propres de la ville, ou d’avoir les meilleurs guides, on n’est pas là pour ça. On est là pour lire minutieusement les cartes, épuiser nos corps, et se sentir vivre. On est là pour explorer, pour chercher, pour utiliser notre tête. On n’est pas là pour donner du sens à cet argent qu’on amasse dans nos bureaux, on est là pour s’en libérer et s’assouvir de cette dépendance aux billets. Alors oui on voyage comme des pauvres, parce que ‘est pas ce qui nous fait frémir de dormir dans des draps de soie. Parce que 5€ de plus par nuit c’est autant de jours de voyage en moins. Le voyage est un exercice constant d’organisation, de gestion, d’adaptation. Il demande une énergie folle, une implication constante, voyager c’est être maître total de sa vie. Être touriste c’est laisser aux autres le soin de décider, c’est juste mettre la main aux portes feuille pour ressentir le frisson du pouvoir économique.

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