Vagabondage au Cap pas vert

45 jours sur l'archipel du Cap-Vert

Le temps s’étire comme le chewing-gum d’un gamin entre ses doigts. Le temps c’est de l’argent, mais dans ce pays, de l’argent il n’y en a pas. Alors le temps ce n’est rien. On le perd, on le gaspille, il se détend comme un vieux slip trop utilisé. 
Le détour est un art si bien maîtrisé que le point d’arrivé perd tout son intérêt. L’européen tape du pied, s’impatiente de tant de gâchis, de toutes ces minutes non rentabilisées, de l’attente interminable qui ruisselle sur son visage trempé de sueur. On s’interroge sur cet homme, assis sous un arbre depuis des heures, sur le but de cette non activité. Mais que peut-il bien faire ? Rien, il ne fait rien. Et il le vit bien. Notre cerveau abruti de profit déraille petit à petit dans ce pays à la lenteur inexplicable. Nous aurait-on menti sur le sens de la vie ? 
Île de Brava 
Bonjour cher continent. Ici Brava, minuscule île au large de Fogo, qui est elle au large de Santiago, elle même au large de Sal, cette dernière étant au large de je ne sais plus quel morceau de terre. La terre a déjà tremblé deux fois depuis notre arrivée hier. Le premier gargouillement des entrailles de la mer, a fait fuir toutes les marchandes du marché. Nous étions attablé autour d’un salon de jardin en plastique vert et en attendant notre mérou nous discution poulet avec un indien de passage en ville. Lorsque soudainement, les milliers de parpaings vert-vomis du marché se sont mis à trembler. Nous nous sommes précipité à l’extérieur (ou plutôt laissé précipiter pour ma part) pendant que l’indien continuait de déguster seul son assiette. La population locale s’est alors empressée de nous informer que ceci était très courant sur l’île. Leur comportement indiquant pourtant le contraire. 
La deuxième fois, alors que je peinais à trouver le sommeil, affairé que j’étais à détecter un potentiel cafard dans la nuit de ma chambre, le grondement de l’île m’a brusquement rappelé qu’il faudrait mieux dormir maintenant. Alors, j’ai fermé les yeux, et j’ai compté les cafards pour m’endormir.

N’ayant pas de réseau sur l’archipel, nous nous sommes branchés sur le téléphone arabe. Drôle d’idée en pays chrétien me diriez-vous. La rumeur des terribles traversées tournait autour de nous depuis plusieurs jours. Puis, un beau matin, nous sommes entré dans ce comte africain douteux. C’était notre 3e ferry, sans une accroche a déplorer. C’est en traversant de l’île de Fogo vers celle de Santiago que les estomacs des passagers ont commencé à vouloir, eux aussi, voir le paysage. Pendant l’interminable attente de l’embarquement, la presque totalité du bateau a jeté son dévolu sur le minuscule stand de brochettes de rue aux odeurs alléchantes. J’ai alors noté que tous ces ventres débordant de viandes grillées (à la conservation douteuse sous 37 degrés 5), ce n’était pas bon pour une traversée houleuse de 6h. Nous avons embarqué. Les climatiseurs du navire peinaient à atteindre une température de 28 degrés, cela accompagné d’une collante moiteur marine.. Chaque vague provoquait de part et d’autre des hauts le cœur bruyants. Le steward se mit à trottiner dans tous les sens, rouleau de papier sous le bras et gant en latex aux mains. Partout autour de nous, des scènes d’horreur. L’étau se resserrait, quand la vue d’une famille de dauphin nous sauva. C’est beau un dauphin tout d’un coup. Oui regardons bien ce dauphin. Ah mince… Le dauphin a disparu. La gamine devant nous chouine. Mauvais. Et voilà… Le paquet de gâteau prédigéré est maintenant sur le t-shirt de sa mère. Elle sort les lingettes. La gamine a les yeux vitreux, seconde sortie. Maman plaque le sac plastique sur sa tête. Bien sûr ça ne lui plaît pas. Tiens, en voilà un peu pour le sac à main. Elle refile le paquet à papa (pas de gâteau, il est sur son t-shirt). Il se précipite vers les toilettes, claquant l’enfant sur les murs à chaque vague. La porte se ferme, nous imaginons tous la scène à l’intérieur. Le bateau tangue, le lavabo déjà bouché de vomis… Enfin il sort, ou plutôt ces bras portant l’enfant maintenant nue, se tendent vers le steward. Quelques minutes après, il passe la porte, dégoulinant de sueur, le t-shirt maculé de tâches douteuses. Il se rassoit près de moi, l’enfant reste devant avec maman. Très bien. L’estomac est maintenant vide, le périmètre semble sécurisé. Nous arriverons à bon port 8h plus tard, nos entrailles auront tenues le coup. Mais nous avons encore 5 ferries à prendre avant le retour. Et l’insouciance nous a maintenant quitté.

Île de Fogo

Bonjour la terre. Je vous écris aujourd’hui depuis le cratère d’un volcan, sur une île brûlée par le soleil, perdue au large du Sénégal. Au cœur du volcan, des gens ont construit un village. Le tourisme y est aussi fertile que les terres, et en plus de cela, on peux s’y ennuyer sans transpirer. 
Île de San Nicolau 
Je pensais m’être habitué à la douceur, pardon à la lenteur, des îles. Mais ce midi, les deux heures d’attente, montre en main, pour pouvoir manger, m’ont démontré le contraire. C’est vrai que midi c’était un peu tôt pour passer à table. Mais 14h c’était un peu tard. 
Vient l’heure de la baignade. Paradisiaque. Sur fond de roche volcanique, l’eau du bassin naturel ne paraît que plus turquoise. Les vagues se déchaînent derrière, la piscine naturelle ne bouge pas d’un poil. Enfin un lieu paisible pour faire une pause. Et non. Le “maître nageur” qui semble submergé par temps de calme, se sent obligé de venir nous surveiller. Une démonstration de ces talents s’en suit. De toute évidence, le diplôme de sauveteur doit se préparer en même tant que celui de moniteur bafa ici. J’aimerais bien qu’il remonte, je n’ai pas mon diplôme moi. Le jeune homme semble un peu simplet ou bien émécher, je n’ai pas réussi à trancher. Le calme se sera pour cette nuit. Le disque est un peu rayé, Brandon est en boucle depuis 30min. Nous repartons rassuré de ce monologue sur notre surveillance accrue. 
Retournons au village, quelque chose se trame. Pour de vrai. Il y a des gens qui font quelque chose. On avait oublié que ça existait. C’est la cérémonie d’inauguration du stade de foot. Il est bien plus vert que toute les îles du cap vert et il fait au moins la taille du village. Tache gigantesque fluorescente au milieu du désert de pierre. La pelouse synthétique est déjà parsemé de sable noire de lave. Vont-il sortir un aspirateur géant d’une maison en parpaings pour l’entretenir ? Le tapis de billets lance la promesse d’un hypothétique sauvetage du pays des vagues houleuses d’alcool qui le submerge. Le sport n’a jamais sauvé personne. Sinon on irait pas fêter la victoire au bar. Les pom-pom girl (ou le club de Zumba ? Je n’ai pas réussi à déterminer la nature du spectacle) totalement désaccordées se trémoussent dans un coin. Paillettes et sveltitude en moins. Puis vient le défilé des joueurs sur musique d’ouverture. On en prend plein les yeux.

Au plaisir de lire vos retours sur mes fautes d’aurtografe.

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