Train de nuit

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Train de nuit pour Bangkok

G. a 26 ans. Il est maigre, cheveux blond, grand yeux bleu. Au premier abord il parait ce genre de français pommé de la vie, qui voyage pour la première fois. Pas bien méchant. Il a bloqué sa valise fraichement achetée, et peste dessus. Il porte des petites chaussures style bateau, un peu usées, chemise, pantalon beige. Il pue, à l’air de sortir de la jungle, un peu pété par ses deux bières d’un litre en plein soleil. Le français banal. Parles avec lui 5 minutes, tu verras.
En réalité G. revend des voitures en Afrique depuis 8 ans. Il achète en Europe et les descend par la route jusqu’au Maroc, Mauritanie, Sénégal, Guinée, et j’en passe.Il vend aux États, et dit que ses voitures serviront surement à de tristes trafiques. Il peut te parler de l’Afrique pendant plus de 4h. Mais pour la première fois ce monologue vu et revu du voyageur solitaire me subjugue. Ce mec est un fou furieux. Je suis pendue à ses lèvres. Il te raconte des sales trucs, des histoires de prison, de magie, de trafic d’enfants, de massacre, de misère, pas d’histoire touristique, non, l’Afrique à l’africaine. G. parle de l’Afrique de manière  crue, il hait ce peuple, il est révolté par leur manière d’agir et de s’enfoncer toujours plus dans leur misère. Il n’a jamais vraiment voyager ailleurs, mais à seulement 26 ans il est complétement épuisé par ce continent. Lessivé de ce business à base d’adrénaline pure et dure. Mais il aime ça.
Il sillonne le nord de la Thaïlande en moto, avec sa tente qu’il plante n’importe où, et son petit sac de 30 litres. Il est juste là pour un bon mois, pas le genre de pommé habituel, il sait ce qu’il fait. En France il vit en caravane, sans contrainte. Son petit frère revient fraichement d’Afrique lui aussi, mais avec le paludisme. À 22 ans il est déjà dans la combine. Un vrai roman qui se raconte là sous tes yeux.

 

On partage sa flasque de whisky sur les marches du train.

La porte est ouverte, le paysage défile, cheveux au vent.

Si le cœur t’en dit, tu peux sauter du train, comme dans un film. Il trouve ça fou. Moi je trouve fou que ce mec puisse encore être surpris par quelque chose.

 

J’arrive à l’auberge à Bangkok, je tombe sur Thibaud, un français perché, il me raconte qu’il est sur la route depuis un an et demi, dont un an en Australie. Thibaud est tout mou, un peu gros, cheveux long, pétard à la bouche a 9 heure du matin. Il dessine des mandalas, fait du macramé et il joue surement de la guitare. Là je me dis que les vraies bonnes rencontres c’est vraiment pas tous les jours.

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